Ce qui est réellement en vigueur en 2026 (régime CNSS)
Rien n'a changé sur les paramètres fondamentaux de la pension de vieillesse CNSS, tels que publiés sur cnss.ma : âge légal de 60 ans (55 ans pour les mineurs justifiant d'au moins 5 années de travail au fond), cessation de toute activité salariée, et 3 240 jours d'assurance minimum (ou totalisation avec un autre régime). La pension est égale à 50 % du salaire de référence — moyenne des salaires déclarés des 96 derniers mois, plafonnée réglementairement — pour 3 240 jours, majorée de 1 point par tranche supplémentaire de 216 jours, dans la limite de 70 % (atteints à 7 560 jours). Si le montant calculé est inférieur à 1 000 MAD, une pension minimale de 1 000 MAD (1 100 MAD dans certains cas) est versée.
La seule évolution récente est issue du dialogue social du 29 avril 2024 : depuis le 1er mai 2025, un salarié ayant cumulé entre 1 320 et 3 239 jours d'assurance peut prétendre à une pension, calculée au prorata ((jours cumulés / 3 240) × 50 % du salaire de référence), avec un minimum garanti par tranche : 600 MAD (1 320-1 704 jours), 700 MAD (1 705-2 088), 800 MAD (2 089-2 472), 900 MAD (2 473-2 856) et 1 000 MAD (2 857-3 239). La mesure s'applique rétroactivement aux assurés partis à la retraite depuis le 1er janvier 2023. Ceux qui n'atteignent pas 1 320 jours peuvent désormais récupérer la part patronale des cotisations, en plus de la part salariale (communiqué du Chef du gouvernement, session d'avril 2026 du dialogue social).
- Âge légal CNSS : 60 ans (inchangé) — 55 ans pour les mineurs de fond.
- Durée minimale : 3 240 jours pour la pension pleine ; 1 320 à 3 239 jours pour une pension proratisée depuis le 1er mai 2025.
- Taux : 50 % à 3 240 jours, +1 point par 216 jours, plafond 70 %.
- Pension minimale : 1 000 MAD/mois (1 100 MAD dans certains cas) ; barème 600-1 000 MAD pour les carrières courtes.
- Fonction publique (CMR) : âge de 63 ans depuis la réforme paramétrique de 2016 (loi 71-14) — c'est ce « 63 ans » qui est parfois confondu avec la CNSS.
Ce que prévoit (ou pas) le projet de réforme
Il n'existe pas, à ce jour, de projet de loi publié fixant un nouvel âge de départ pour les salariés du privé. Le gouvernement n'a jamais rendu publics de chiffres officiels sur l'âge ou les taux de cotisation envisagés. Ce qui est documenté : (1) la Commission nationale chargée du dossier des retraites, présidée par le Chef du gouvernement Aziz Akhannouch, s'est réunie le 17 juillet 2025 avec l'UMT, l'UGTM, la CDT, la CGEM, la COMADER et les caisses, et a créé une commission technique chargée d'établir un diagnostic partagé de chaque régime (cg.gov.ma, MAP, 17 juillet 2025) ; (2) la ministre de l'Économie et des Finances, Nadia Fettah, y a présenté des indicateurs démographiques et financiers, sans proposition chiffrée rendue publique ; (3) l'orientation de fond, reprise du dialogue social de 2013 et rappelée par Bank Al-Maghrib dans son Rapport sur la stabilité financière 2025 (juillet 2026), est la création de deux pôles, l'un public (CMR, RCAR), l'autre privé (CNSS, CIMR), avec une tarification équilibrée des droits.
Le « 65 ans » cité dans la presse ne vient pas d'un texte gouvernemental publié, mais des syndicats : le 1er mai 2026, le secrétaire général de l'UMT, Miloudi Moukharik, a déclaré à Hespress que l'Exécutif proposait « le relèvement de l'âge de la retraite à 65 ans, la baisse des pensions et la hausse des cotisations », un « trio maudit » que la centrale rejette (position déjà exprimée le 17 juillet 2025). Ce scénario recoupe les recommandations de la commission de 2013 (65 ans, cotisation portée de 20 % à 28 %, salaire de référence sur les 8 dernières années), qui avaient abouti en 2016 à la seule réforme adoptée à ce jour — celle de la CMR pour les fonctionnaires. Le « 63 ans » de notre titre historique n'est donc ni une décision ni même une proposition officielle documentée pour la CNSS : c'est au mieux une hypothèse de convergence avec l'âge de la fonction publique.
Calendrier et blocages
- 29 avril 2024 — Accord du dialogue social : engagement à lancer la réforme des régimes de retraite ; mesures acquises pour les carrières courtes (1 320 jours).
- 30 décembre 2024 — Nadia Fettah annonce au Parlement une « première présentation » des propositions en janvier 2025, autour des deux pôles public/privé (MAP).
- 17 juillet 2025 — Réunion de la Commission nationale ; création de la commission technique ; les syndicats et le patronat réclament une réforme « concertée » (cg.gov.ma, MAP).
- Septembre-novembre 2025 — Réunions techniques caisse par caisse ; dernière réunion le 17 novembre 2025. L'Exécutif vise des conclusions en avril 2026 et des textes avant les législatives (Hespress, 25 novembre 2025).
- 31 décembre 2025 — Nadia Fettah récuse le « discours alarmiste » des syndicats et affirme qu'« aucune solution ne sera retenue sans consensus avec les partenaires sociaux » (Hespress).
- 5 avril 2026 — À la demande des syndicats, la réunion technique du 6 avril est reportée après la session du dialogue social du 17 avril ; les centrales donnent la priorité aux salaires et au pouvoir d'achat (Hespress).
- 17 avril 2026 — Session d'avril du dialogue social : le gouvernement indique que la commission « poursuit ses travaux » et s'engage à ouvrir un débat sur les retraités percevant moins que le SMIG ; aucune décision sur l'âge ni les cotisations (cg.gov.ma).
- 1er mai 2026 — L'UMT rejette publiquement le scénario 65 ans / baisse des pensions / hausse des cotisations (Hespress).
- 13 mai 2026 — L'opposition (PPS) interpelle le gouvernement sur le retard de la réforme au Parlement (Hespress).
- 8 juin et 30 juillet 2026 — Médias24 : la réforme « attendra sans doute un autre gouvernement », puis est « encore une fois reportée au prochain gouvernement ».
- 14 et 28 juillet 2026 — Bank Al-Maghrib (Comité de coordination et de surveillance des risques systémiques) constate des déséquilibres structurels persistants et recommande la réforme en deux pôles (Hespress).
Pourquoi ça bloque ? Trois raisons ressortent des sources. D'abord le calendrier politique : à quelques semaines des élections législatives de 2026, aucune majorité ne veut porter une mesure impopulaire sur l'âge. Ensuite le désaccord de fond avec les syndicats, qui contestent le diagnostic de « faillite » (l'UMT rappelle que les caisses détiennent des réserves placées à la CDG et réclame d'abord une revalorisation des pensions et le règlement des arriérés de l'État). Enfin l'effet des hausses salariales de 2024-2026 (+1 000 MAD net dans la fonction publique, SMIG porté à 3 422,72 MAD/mois au 1er janvier 2026), qui a amélioré temporairement les recettes des caisses et, selon la ministre, « fait gagner deux à trois ans » — un répit, pas une solution.
Où en sont vraiment les caisses ?
Selon le Rapport sur la stabilité financière 2025 de Bank Al-Maghrib, cité par Hespress le 28 juillet 2026, les horizons de viabilité (épuisement des réserves) sont de 5 à 6 ans pour le régime des pensions civiles de la CMR, d'environ 10 ans pour la branche long terme de la CNSS et de 29 ans pour le régime général du RCAR ; la CIMR (régime complémentaire du privé, par points) affiche des perspectives solides. Pour la CMR, les hausses de salaires ont ramené le taux de cotisation d'équilibre de 35 % à 32 %, réduisant l'écart avec le taux réglementaire « de sept à quatre points ». Pour la CNSS, le taux de préfinancement des droits n'est que de 58 %, signe d'une « sous-tarification persistante » des droits accordés. Plus largement, environ 54 % des Marocains en âge de travailler ne disposent d'aucune couverture retraite (Hespress, 9 septembre 2025).
Les pensions ont-elles été revalorisées ?
Non — il n'y a eu aucune revalorisation générale de 8 % ni de plan sur trois ans. Les seules mesures effectives sont l'ouverture des droits dès 1 320 jours (ci-dessus) et, selon l'UMT, une hausse de 5 % dans le secteur privé qui n'a bénéficié qu'aux personnes parties à la retraite après 2021, pour « pas plus de 200 dirhams ». Les associations de retraités (enseignants retraités, Syndicat des retraités du Maroc) réclament une hausse immédiate de 2 000 MAD par pension et dénoncent un gel des pensions de base depuis 1997 ; l'UMT évoque des pensions de 300 à 1 000 MAD par mois et des pensions de réversion limitées à 50 %. Le seul engagement gouvernemental en date (avril 2026) est d'« ouvrir un débat » sur les retraités percevant moins que le SMIG. Aucune décision chiffrée n'a été prise.
Impact par génération : ce que l'on peut dire honnêtement
Aucun calendrier de transition par année de naissance n'existe, puisqu'aucun texte n'a été adopté : toute simulation « génération 1967 », « génération 1973 » serait inventée. Ce qui est certain : (1) si vous atteignez 60 ans avant l'adoption d'une éventuelle loi, vous partez aux conditions actuelles ; (2) les réformes marocaines passées ont toujours été progressives (la CMR est passée de 60 à 63 ans par paliers de 2016 à 2019), ce qui laisse penser qu'un éventuel relèvement pour le privé épargnerait les assurés proches de l'âge légal ; (3) pour les salariés dont le salaire dépasse le plafond CNSS, le taux de remplacement réel est faible quelle que soit la réforme — d'où l'intérêt de la CIMR (si l'employeur y adhère) ou d'une épargne retraite individuelle. Utilisez notre simulateur retraite multi-régimes pour estimer votre pension aux règles en vigueur, et revenez sur cette page : nous la mettrons à jour dès qu'un texte officiel sera publié.
FAQ
L'âge de la retraite CNSS est-il passé à 63 ans en 2026 ?
Non. L'âge légal CNSS reste 60 ans. Le seuil de 63 ans concerne les fonctionnaires affiliés à la CMR depuis la réforme de 2016. Aucune loi modifiant l'âge CNSS n'a été adoptée ni déposée au Parlement au 27 août 2026.
Le gouvernement propose-t-il 65 ans ?
C'est ce qu'affirment les syndicats (UMT, 1er mai 2026), et c'est le scénario historique de 2013. Le gouvernement n'a publié aucun chiffre officiel et répète qu'aucune solution ne sera retenue « sans consensus ». Il s'agit d'une piste débattue, pas d'une décision.
Mes pensions vont-elles augmenter de 8 % ?
Aucune revalorisation de 8 % n'a été décidée. La seule mesure récente est l'ouverture des droits à pension dès 1 320 jours de cotisation (depuis le 1er mai 2025, rétroactive au 1er janvier 2023).
Quand la réforme sera-t-elle adoptée ?
Pas avant les élections législatives de 2026 : selon Médias24 (8 juin et 30 juillet 2026), le dossier est renvoyé au prochain gouvernement. Bank Al-Maghrib avertit que chaque report réduit les marges de manœuvre et renchérit le coût futur de la réforme.
Sources
- CNSS — Pension de vieillesse : conditions, formule, pensions minimales (cnss.ma, consulté le 27 août 2026).
- Chef du gouvernement — Communiqués des sessions d'avril 2025 et d'avril 2026 du dialogue social ; réunion de la Commission nationale du 17 juillet 2025 (cg.gov.ma).
- MAP Express — « Mme Fettah : le gouvernement envisage une première présentation sur la réforme des retraites en janvier » (30 décembre 2024) ; « Dossier des retraites : consensus sur la nécessité d'une solution » (17 juillet 2025).
- Hespress FR — 9 septembre 2025 ; 25 novembre 2025 ; 31 décembre 2025 ; 5 avril 2026 ; 17 avril 2026 ; 1er mai 2026 ; 13 mai 2026 ; 14 juillet 2026 ; 28 juillet 2026.
- Médias24 — 8 juin 2026 et 30 juillet 2026 (réforme reportée au prochain gouvernement).
- Bank Al-Maghrib — Rapport sur la stabilité financière 2025 (juillet 2026), via presse.
Article basé sur les données publiques officielles + sources expertes wafir.ma. Toutes les statistiques citées sont vérifiables auprès des organismes mentionnés.
Tags