Trois tranches successivement souscrites
Le Trésor marocain a procédé en 2025 à trois émissions de Sukuk souverains de type 'Sukuk Al-Ijara' (structure de location-vente d'actifs publics) : 1,5 milliard MAD en avril, 2 milliards en juillet, et 1,5 milliard en novembre. Maturités respectives : 5 ans, 7 ans et 10 ans. Toutes les émissions ont été sursouscrites entre 2,4x et 3,1x, démontrant un appétit institutionnel solide.
Les principaux souscripteurs : les 5 banques participatives marocaines pour 42% (Bank Assafa, Umnia, Al Yousr, BTI, Arreda), les compagnies d'assurance Takaful pour 18%, les caisses de retraite CIMR et CMR pour 22% (au titre de leur diversification d'actifs Shariah-compliant), et les investisseurs étrangers (notamment institutionnels du Golfe et de Malaisie) pour 18%.
Rendements compétitifs vs Bons du Trésor classiques
Les rendements obtenus sont compétitifs vs les Bons du Trésor (BDT) classiques : Sukuk 5 ans 3,45% vs BDT 5 ans 3,52% (spread -7 bps), Sukuk 7 ans 3,65% vs BDT 7 ans 3,78% (spread -13 bps), Sukuk 10 ans 3,85% vs BDT 10 ans 4,05% (spread -20 bps). Le spread négatif s'élargit avec la maturité, reflétant une prime de rareté pour les actifs Shariah-compliant à long terme.
Pour le Trésor, le bénéfice est double : (1) coût de financement inférieur aux BDT classiques (-7 à -20 bps), soit ~10 millions MAD d'économies annuelles sur l'enveloppe émise, et (2) diversification de la base d'investisseurs avec accès à des capitaux institutionnels du Golfe traditionnellement absents du marché marocain.
Programme 2026 : doublement à 10 Mds MAD
Le Ministère de l'Économie et des Finances a annoncé fin avril 2026 le programme d'émission Sukuk pour l'année : 10 milliards de MAD sur 4 tranches (3 + 2,5 + 2,5 + 2 Mds MAD entre mars et octobre 2026). Première tranche déjà émise le 18 mars : 3 milliards de MAD sur maturité 10 ans, rendement 3,80%, sursouscription 2,9x — succès confirmé.
Au-delà du financement budgétaire, l'objectif stratégique est d'établir une courbe de taux Sukuk de référence sur toutes les maturités (3, 5, 7, 10, 15 ans), permettant ensuite aux entreprises marocaines (corporates et établissements financiers) d'émettre leurs propres Sukuk corporate avec pricing fiable. Premières émissions corporate attendues fin 2026 : Attijariwafa Bank (~2 Mds MAD), OCP (~3 Mds), ADM (~1,5 Mds).
Impact sur les banques participatives
L'arrivée des Sukuk souverains représente une révolution pour les 5 banques participatives marocaines. Avant 2025, elles étaient contraintes de placer leurs excédents de liquidité auprès de Bank Al-Maghrib en compte courant non rémunéré (interdiction des taux d'intérêt sur dépôts pour banques participatives). Désormais, elles peuvent investir leurs réserves en Sukuk avec rendement 3,4-3,9%, ce qui améliore directement leur marge nette.
Selon nos estimations, ce changement va permettre aux 5 banques participatives d'améliorer leurs marges nettes de 30-50 basis points en 2026, et progressivement de réduire les marges Mourabaha facturées aux clients particuliers (actuellement 5,40-6,80% en équivalent taux, vs 4,80-5,80% pour le crédit conventionnel). L'écart de 0,5-1 point pourrait se résorber à 0,2-0,4 point d'ici 2028, rendant la finance participative plus compétitive.
Marché secondaire en construction
Un point d'attention : la liquidité du marché secondaire Sukuk reste encore limitée. Volumes échangés quotidiennement modestes (~50-100 millions MAD pour les Sukuk les plus actifs), spread bid-ask large (~15-25 bps vs 5-10 bps sur BDT). Bank Al-Maghrib et l'Autorité du Marché des Capitaux (AMMC) travaillent à l'amélioration de la liquidité via : market makers obligatoires sur les principales émissions, plateforme de cotation électronique dédiée Sukuk Trading System (en développement, lancement T4 2026), et standardisation accrue des contrats Sukuk pour faciliter l'arbitrage.
Article basé sur les données publiques officielles + sources expertes wafir.ma. Toutes les statistiques citées sont vérifiables auprès des organismes mentionnés.
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