1. 1. Convention 1970 modifiée : cadre général
La convention fiscale entre la France et le Maroc a été signée le 29 mai 1970 à Paris. Elle a été modifiée par deux avenants majeurs : celui du 18 août 1989 (qui a précisé le traitement des pensions de retraite) et celui du 4 mai 1999 (qui a renforcé la coopération administrative). Ce texte demeure en 2026 la référence pour tout MRE binational ou en mobilité entre les deux pays.
Son objectif est double : éviter qu'un même revenu soit imposé deux fois (en France puis au Maroc, ou inversement) et déterminer clairement quel État a le droit de taxer chaque catégorie de revenu. Les articles clés à connaître sont l'Article 7 (bénéfices des entreprises), l'Article 18 (pensions de retraite du secteur privé), l'Article 24 (étudiants et stagiaires) et l'Article 25 (méthodes d'élimination de la double imposition).
2. 2. Les 4 critères de résidence fiscale (cascade)
La résidence fiscale est la pierre angulaire de toute la fiscalité MRE. Lorsqu'un contribuable est considéré comme résident dans les deux États, la convention applique 4 critères en cascade :
- Critère 1 — Foyer d'habitation permanent : où le contribuable dispose-t-il d'un logement de manière durable (propriété ou location longue durée) ?
- Critère 2 — Centre des intérêts vitaux : où sont localisés ses liens personnels (famille, conjoint, enfants) et économiques (emploi, patrimoine, comptes bancaires) les plus étroits ?
- Critère 3 — Séjour habituel : dans quel pays le contribuable séjourne-t-il le plus souvent sur l'année civile (règle des 183 jours indicative) ?
- Critère 4 — Nationalité : si les trois critères précédents ne tranchent pas, la nationalité du contribuable détermine sa résidence fiscale.
- Procédure amiable : si aucun critère ne tranche, les administrations fiscales française et marocaine se concertent (Art 25 §3).
3. 3. Pension retraite FR vers MA : abattement 80%
C'est l'avantage fiscal le plus important pour les retraités MRE qui rentrent au Maroc. L'Article 13 bis de la convention bilatérale prévoit un abattement de 80% sur les pensions de retraite de source française transférées vers un compte bancaire marocain. Concrètement, seuls 20% de la pension brute sont soumis à l'impôt sur le revenu marocain (barème progressif).
Conditions à respecter : le retraité doit être résident fiscal marocain au sens de la convention, la pension doit être versée directement sur un compte bancaire au Maroc (CIH, Attijariwafa, BMCE, etc.), et le transfert doit être effectué en devises convertibles. Les pensions concernées incluent la CARSAT (régime général), l'AGIRC-ARRCO (complémentaire), l'IRCANTEC, et les pensions de la fonction publique sous conditions.
Exemple chiffré
Un retraité percevant 30 000 € de pension annuelle française (CARSAT + AGIRC-ARRCO) versée sur compte marocain : base imposable = 6 000 € (20%) au lieu de 30 000 €. Économie d'impôt estimée : 4 000 à 6 000 € par an selon la tranche.
4. 4. Pas de CSG-CRDS pour résidents fiscaux MA
Depuis l'arrêt du Conseil d'État du 14 février 2019 (n°396396) et la confirmation de la CJUE, les résidents fiscaux marocains affiliés à un régime de sécurité sociale d'un autre État membre de l'UE ou bénéficiant d'une convention bilatérale ne sont plus assujettis à la CSG (9,2%) et à la CRDS (0,5%) sur leurs revenus du patrimoine et de retraite.
L'économie est substantielle : environ 7% sur les pensions de retraite et 17,2% sur les revenus du patrimoine (loyers fonciers, plus-values mobilières). Pour appliquer cette exonération, le MRE doit fournir à la CARSAT et à l'administration fiscale française un certificat de résidence fiscale marocaine (formulaire 5000 + 5003 visé par la DGI marocaine).
5. 5. Intérêts crédit immobilier MA : déductibilité côté français
Les MRE résidents fiscaux français qui contractent un crédit immobilier au Maroc pour financer leur résidence principale au Maroc peuvent, sous conditions strictes, déduire les intérêts d'emprunt de leur impôt sur le revenu français. Cette déductibilité concerne uniquement la résidence principale (pas les résidences secondaires ni locatives) et les intérêts payés durant les 5 premières années du prêt.
Pour bénéficier de cet avantage, il faut joindre à la déclaration française le tableau d'amortissement de la banque marocaine, justifier le paiement effectif des intérêts (relevés bancaires), et déclarer le bien dans la rubrique appropriée. Attention : ce dispositif est en voie d'extinction et ne s'applique qu'aux crédits souscrits avant certaines dates limites — vérifier l'éligibilité avec un expert-comptable.
6. 6. Loyers MA déclarés en France : crédit d'impôt
Un MRE résident fiscal français qui perçoit des loyers d'un bien immobilier situé au Maroc doit les déclarer en France dans la catégorie des revenus fonciers de source étrangère. Conformément à l'Article 25 §1 a) de la convention, le Maroc conserve le droit primaire d'imposer ces loyers (taux IR marocain progressif de 10 à 38%).
Pour éviter la double imposition, la France accorde un crédit d'impôt égal à l'impôt français qui aurait été calculé sur ces loyers (méthode du taux effectif). Le contribuable doit reporter les loyers nets sur le formulaire 2047, joindre les avis d'imposition marocains et le détail des charges déductibles (taxe d'habitation marocaine, frais de gestion, intérêts d'emprunt MA).
7. 7. IFI : déclaration de l'immobilier marocain
L'Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) français s'applique aux résidents fiscaux français dont le patrimoine immobilier mondial dépasse 1,3 million d'euros au 1er janvier. L'immobilier détenu au Maroc (en direct ou via SCI) doit être déclaré dans la base IFI à sa valeur vénale au 1er janvier de l'année d'imposition.
Bonne nouvelle : la convention prévoit un crédit d'impôt égal à l'impôt sur le patrimoine effectivement payé au Maroc (mais le Maroc n'a pas d'équivalent strict à l'IFI, seulement une taxe sur les terrains non bâtis). Les dettes contractées pour l'acquisition (crédit immobilier MA en cours) sont déductibles. Les MRE résidents fiscaux marocains ne sont pas concernés par l'IFI français, sauf pour leurs biens immobiliers situés en France.
8. 8. Cas pratiques binationaux
Cas 1 — Cadre franco-marocain en mission au Maroc
Un cadre binational FR-MA détaché 14 mois au Maroc par son employeur français, conjoint et enfants restés en France. Application des critères en cascade : foyer permanent en France (logement familial), centre des intérêts vitaux en France (famille). Conclusion : résidence fiscale française maintenue, salaires imposés en France.
Cas 2 — Retraité MRE rentré définitivement au Maroc
Retraité ayant transféré son domicile principal à Casablanca, vendu son logement français, pension CARSAT versée sur compte CIH. Résidence fiscale marocaine. Bénéfice de l'abattement 80% sur pension + exonération CSG-CRDS. Économie totale estimée : 8 000 à 12 000 € par an.
Cas 3 — Entrepreneur partagé entre Paris et Casablanca
Dirigeant d'une société FR et d'une société MA, séjournant alternativement dans les deux pays (160 jours FR, 180 jours MA). Application Article 7 : bénéfices imposables dans l'État où se trouve l'établissement stable. Dividendes : retenue à la source de 15% (Art 13).
9. 9. Optimisation fiscale légale
Plusieurs leviers conventionnels permettent une optimisation parfaitement légale :
- Domiciliation pension sur compte MA : déclencher abattement 80% si résidence fiscale MA établie
- Certificat de résidence fiscale (formulaire 5000) renouvelé chaque année auprès de la DGI marocaine
- Structuration patrimoniale via SCI française vs SARL marocaine : arbitrer selon le type de revenu
- Plan d'Épargne Retraite (PER) français maintenu après expatriation : déduction à l'entrée, fiscalité différée
- Donation et succession : convention spécifique en matière de droits de succession (1981) — planification à anticiper
10. 10. Checklist 8 actions pour MRE 2026
- 1. Déterminer sa résidence fiscale selon les 4 critères de la convention (cascade)
- 2. Obtenir le certificat de résidence fiscale marocaine (DGI) si retour au Maroc
- 3. Notifier la CARSAT et l'AGIRC-ARRCO pour exonération CSG-CRDS (formulaires 5000 + 5003)
- 4. Domicilier la pension de retraite sur compte bancaire marocain (CIH, AWB, BMCE)
- 5. Déclarer les loyers MA en France via formulaire 2047 avec crédit d'impôt
- 6. Vérifier l'éligibilité à la déductibilité des intérêts du crédit immobilier MA
- 7. Évaluer la base IFI incluant l'immobilier marocain au 1er janvier
- 8. Consulter un expert-comptable franco-marocain tous les 2 ans pour audit fiscal
11. FAQ
Q.Qu'est-ce que la convention fiscale Maroc-France ?
Q.Comment déterminer ma résidence fiscale entre la France et le Maroc ?
Q.L'abattement 80% sur ma pension s'applique-t-il automatiquement ?
Q.Suis-je encore redevable de la CSG-CRDS si je vis au Maroc ?
Q.Mes intérêts de crédit immobilier au Maroc sont-ils déductibles en France ?
Q.Comment déclarer mes loyers marocains en France ?
Q.Mon appartement au Maroc compte-t-il dans l'IFI français ?
Q.Quelle pension est concernée par l'abattement 80% ?
Q.Comment obtenir un certificat de résidence fiscale marocaine ?
Q.Que faire en cas de conflit entre administrations fiscales FR et MA ?
Q.Les dividendes d'une société marocaine versés à un résident français ?
Q.Faut-il un expert-comptable franco-marocain ?
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